Noctes Gallicanae

 

CIL 4, 9143, Reg 3 ins 04

Salut aux Pompéiens, où qu'ils soient !

 

Poésies murales

 

On cite les poètes

Virgile

Arma virumque cano, Troiae qui primus ab oris

Italiam, fato profugus, Laviniaque venit

litora...

Je chante les combats et le héros qui, le premier, chassé

par le destin, s'en vint des rivages de Troie vers les côtes d'Italie...

 

Arma virumque: très nombreuses sont les citations de l'Énéide, mais le premier vers revient avec une fréquence importante. Sachant que l'épopée de Virgile servait de texte de base pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture, on peut attribuer bon nombre de ces inscriptions à des mains enfantines.

carmina communemne Arma virumque cano Tro[...

2361

Tout le monde les connaît, ces vers ? Je chante les combats et le héros de Tro...

 

image002

7131

 

arma virumque

5002, Reg 9 ins 01 n 27, in taberna

arma viru

3198

arma virumque qui p[. . .

. . ]mq vir[. . .

831, Reg 3 ins 02 n 01, in aedibus Trebii Valentis

]rma virumque cano Troia qui primus ab oris

4832, Reg 7 ins 15 n 8

 

quisquis es amissos hin[c]

[ob]liviscere Graios

scribit Narciss|sr

CIL 4, 1841

Qui que tu sois, oublie désormais les Grecs perdus pour toi.

Écrit par Narcissus.

 

« Quisquis es, amissos hinc iam obliviscere Graios »

Énéide, II 148

Ovide

Après Virgile, c’est Ovide qui rencontre le plus de succès sur les murs de Pompéi. Un habitant d’Herculanum lui adresse ce salut posthume :

Ovi]dio s[alutem] morieris Tomi[s

feliciter

CIL 4, 10595

Ovide, salut à toi ! tu es mort à Tomes,

bonne chance [à toi] !

L’interprétation de feliciter en « tant mieux » me paraît invraisemblable : il semble qu’Ovide soit un poète moins scolaire que Virgile, et donc moins exposé à des rancunes d’élèves. Les citations exactes sont d’ailleurs moins nombreuses que les allusions à ses vers. Graffitis d’adultes cultivés plutôt que d’enfants.

 

surda sit oranti tua ianua, laxa ferenti ;

  audiat exclusi verba receptus amans ;

« Que ta porte soit sourde aux prières, ouverte à qui porte un cadeau,

que l’amant accueilli entende les mots de l’amant évincé. » (Amours, I, 8, 77-78)

 

surda sit oranti tua ianua laxa ferenti

audiat exclusi verba receptus [a]man[s]

1893, Reg 8 ins 01, in basilica

Que ta porte soit sourde aux prières, ouverte à qui porte un cadeau,

que l’amant accueilli entende les mots de l’amant évincé.

 

illa quidem nostro subiecit eburnea collo

       bracchia Sithonia candidiora nive...

« Elle a eu beau passer autour de mon cou ses bras d’ivoire,

plus blancs que la neige de Sithonie... » (III, 7, 7-8)

 

Ovide a-t-il inspiré directement ou indirectement le malicieux distique peint à gauche de l’entrée du bistrot d’Euxinus (Reg 2, ins 1, n 10) et, qui plus est, sous un portrait de Priape ?

candida me docuit nigras o[d]isse

puellas / odero si potero si non

invitus amabo

9847

Une fille à la peau blanche m’a appris à détester les noiraudes.

Je les détesterai si je peux... sinon, je les aimerai. Malgré moi.

Ces vers ont connu un certain succès à Pompéi puisqu’on les retrouve gravés de plusieurs maisons. Dans la maison degli Scienzali, ils sont même placés sous le patronage non plus de Priape, qui était tout sauf un sentimental, mais de la Vénus Pompéienne elle-même, qualifiée toutefois ici de « fisica » :

candida me docuit nigras odisse puellas

odero si potero si non invitus amabo

scripsit Venus fisica Pompeiana

1520, Reg 6 ins 14 n 13

Écrit par (sur ordre de ?) Vénus Fisica Pompéienne.

 

Thème cher à Ovide : être amoureux, c’est faire une sorte de service militaire. Il l’écrit dans les Amours (I, 9, 1-2)

Militat omnis amans, et habet sua castra Cupido ;

    Attice, crede mihi, militat omnis amans.

« Tout amant fait un service militaire, et Cupidon possède sa caserne ;

crois-moi, Atticus, tout amant fait un service militaire. »

et dans l’Art d’aimer (II, 233-234).

militiae species amor est : discedite, segnes ;

    non sunt haec timidis signa tuenda viris.

« L’amour rappelle l’armée : allez-vous en, les pusillanimes ;

on ne confiera la garde de ces enseignes à des hommes craintifs. »

 

militat omnes [amans]

03149

Tout amant fait un service militaire.

 

Un joli graffiti de la Basilique pourrait se passer de tout commentaire :

Virgula Tertio suo indecens es

1881

Virgula à son Tertius chéri : tu es un polisson.

 

Qu’a pu faire Tertius pour mériter le qualificatif d’indecens, « celui qui fait quelque chose d’inconvenant », sans que sa Virgula (« petite vierge ») lui ôte son affection pour si peu ? Ovide nous donne peut-être la réponse (Art d’aimer, I, 664-667), si l’on accepte improbus, « indigne d’un gentleman », pour synonyme d’indecens :

Quis sapiens blandis non misceat oscula verbis ?

    Illa licet non det, non data sume tamen.

Pugnabit primo fortassis, et « improbe » dicet:

    Pugnando vinci se tamen illa volet.

« Quel garçon de bon sens ne mêlerait pas les baisers aux mots caressants ?

Qu’importe si elle ne les rend pas, prends-les même si elle ne les rend pas.

Elle résistera peut-être d’abord et te traitera de « mal élevé ».

Mais en résistant, ce qu’elle voudra, c’est être vaincue. »

 

Au milieu d’autres distiques, la Basilique conserve deux vers de l’Art d’aimer :

Quid magis est saxo durum, quid mollius unda?

    Dura tamen molli saxa cavantur aqua.

« Qu’est-ce qui peut être aussi dur que la pierre ou plus fluide que l’eau ?

cependant, la pierre dure est creusée par l’eau fluide. » (Art d’aimer, I, 475-476)

 

quid pote tam durum saxso aut quid mollius unda?

dura tamen molli saxsa cavantur aqua.

1895, Reg 8 ins 01, in basilica

 

 

quoi scripsi semel et legit mea iure puellast

quae pretium dixit non mea sed populi est

CIL 4, 1860

La fille à qui j’ai écrit, dès qu’elle a lu mon mot, elle est à moi de droit.

Celle qui m’a annoncé un prix, elle n’est pas à moi mais à tout le monde.

 

On pense, entre autres, à Martial, II, 9 :

Scripsi, rescripsit nil Naeuia, non dabit ergo.

   Sed puto quod scripsi legerat : ergo dabit.

Je lui ai écrit mais Naevia n’a rien répondu : je ne l’aurai donc pas.

Mais j’y pense : ce que j’ai écrit, elle l’a lu ! Donc je l’aurai !

 

mais surtout à l’Art d’aimer (I, 479-483)

Legerit, et nolit rescribere? cogere noli :

    Tu modo blanditias fac legat usque tuas.

Quae voluit legisse, volet rescribere lectis:

    Per numeros venient ista gradusque suos.

Elle a lu ta lettre et ne veut pas répondre ? Ne la force pas :

En ce qui te concerne, arrange-toi pour qu’elle lise jusqu’au bout ton baratin.

Quand elle aura voulu le lire, elle voudra répondre à ce qu’elle aura lu,

Tes désirs se réaliseront dans l’ordre et pas à pas.

 

Qui nimium multis « non amo » dicit amat

Quand on dit à trop de monde « Je ne suis pas amoureux », c’est qu’on est amoureux. (648)

 

Un électeur hésitant exprime ses états d’âme à la suite d’une affiche électorale :

M Cerrinium

aed alter amat alter

amatur ego fastidi[o]

346, Reg 6 ins 00

Marcus Cerrinius édile ! l’un aime, l’autre est aimé, moi ça m’ennuie.

 

ce qui lui attire ce commentaire (d’une autre main) :

qui fastidit amat

Si ça t’ennuie, c’est que tu aimes !

 

Properce

 

nunc est ira recens, nunc est discedere tempus :

  si dolor afuerit, crede, redibit amor.

Je suis sous le coup de la colère, c’est le moment de partir,

quand le dépit sera passé, crois-moi, l’amour reviendra. (II, 5, 9-10)

 

nunc est ira recens nunc est disc[edere tempus]

si dolo(r) afuerit crede redibit [amor]

4491, Reg 6 ins 13 n 19, ad ostium aed

 

Ianitor ad dantis vigilet : si pulset inanis,

surdus in obductam somniet usque seram.

Que ton portier soit éveillé pour les porteurs de cadeaux, mais si on frappe sans rien,

qu’il soit sourd et qu’il dorme profondément, le verrou bien tiré. (IV, 5, 47-48)

 

Ianitor ad dantes vigilet si pulsat inanis

surdus in obductam somniet usque seram.

1894, Reg 8 ins 01, in basilica

 

quisquis amator erit Scythicis licet ambulet oris

nemo adeo ut noceat barbarus esse volet.

Quand on sera amoureux, on pourra aller et venir, même sur les côtes de Scythie :

personne ne voudra être assez barbare pour lui faire du mal. (III, 16, 13-14)

 

quisquis amator erit Scythiae licet ambulet oris

nemo adeo ut feriat barbarus esse volet

1950, Reg 8 ins 01, in basilica

 

Néron ?

Peu vraisemblable… voyez quand même mon Néron poète.

quisquis amat valeat, pereat qui nescit amare,

bis tanto pereat quisquis amare vetat !

Longue vie à qui aime, périsse qui ne sait pas aimer, périsse donc deux fois qui empêche d’aimer.

 

Poèmes anonymes

 

Beaucoup de graffitis sont métriques, c’est-à-dire rédigés en vers. Vers composés par l’anonyme qui a écrit sur le mur, ou citation d’un poète dont la postérité a oublié le nom ? Sans doute tantôt l’un, tantôt l’autre.

 

Certains semblent bien extraits d’une oeuvre perdue, dans la mesure où on les retrouve ailleurs. Ainsi on lit à Rome dans la maison de Tibère :

Cresces quisquis meam futuit rivalis amicam

illum secretis montibus ursus edat

Crescens : quel que soit le rival qui a baisé ma maîtresse,

qu’un ours le mange au fin fond des montagnes

et à Pompéi, à l’entrée d’une boutique de la via dei Soprastanti :

si quis forte meam cupiet vio(lare)

puellam illum in desertis

montibus urat amor

1645, Reg 7 ins 06 n 35

Si quelqu’un essaie un jour de forcer ma petite amie, qu’il aille brûler d’amour dans des montagnes désertes.

Sous ce graffiti, une autre main a noté, sans que le rapprochement avec les vers précédents soit assuré :

[alia manu] Rundas vete[

bine futu

Rundas le vétéran, tu baises bien.

 

CERES EA

SI QVIS AMA VALEA QVISQVIS VE[.]AT MALE PEREA

[...]AM AMAVI AT QVO QVIS LVGEBIT

[.]I CLVDI VA SAL PLVRIMO

AMAVI LEDAM

[.]VELLA SAMI

Ceres mea, si quis amat valeat ! quisquis vetat male pereat !

Ledam amavi. At quo quis lugebit ? Ti Claudi, vale, salutem tibi plurimam dico : amavi Ledam puellam Sami.

9202, Villa des Mystères

Ma Cérès chérie, longue vie à celui qui fait l’amour, male mort à qui empêche !

J’ai fait l’amour Léda. Mais jusqu’où doit-on pousser ses pleurs ?

Salut à toi, Tiberius Claudius, bien le bonjour : à Samos, j’ai fait l’amour à une fille nommée Léda.

 

Le salut à Claude pourrait s’adresser, non sans ironie, à l’empereur qui était connu pour son goût des conquêtes féminines.

Je me demande pourtant si ce graffiti n’est pas plus codé qu’il n’y paraît : Céres et Léda ne sont pas des noms si courants, et les Tiberius Claudius ne manquaient pas.

 

 

image002

 

nihil durare potest tempore perpetuo

cum bene sol nituit redditur oceano

decrescit Phoebe quae modo plena fuit

(Venerum) Ventorum feritas saepe fit aura l[e]vis

CIL 4, 9123

Rien ne peut durer pour l’éternité :

quand le soleil a bien brillé, il est rendu à l’océan,

Phébé décroît qui à l’instant était pleine,

la sauvagerie des amours (ou des vents) se fait souvent brise légère.

 

Le premier mot du dernier vers présente une difficulté : on lit bien VENIIRVM, mais le e est partout noté E et non II dans ce poème et AVRA répond mieux à VENTORVM.

 

On peut lire le dernier vers au lupanar !

 

alliget hic auras si quis | obiurgat amantes

et vetet | assiduas currere fontis | aquas

CIL 4, 1649

On ferait mieux d’enchaîner ici les brises que de blâmer ceux qui s’aiment,

et d’interdire aux eaux perpétuelles de la source de couler.

« Essayer de séparer des amoureux équivaut à vouloir enfermer le vent dans une outre ou à empêcher de couler une source aux eaux murmurantes. » (Trad. Egon C. Conti)

 

mea vita meae deliciae ludamus parumper

hunc lectum c(amp)u(m me) ti(bei) (e)quom esse put(emus)

                                                                           CIL 4, 1781

Ma vie, mon coeur, jouons un instant :

imaginons que ce lit soit une plaine et que je sois pour toi un cheval.

 

On pense à ce distique d’Ovide (Art d’aimer, III, 777-778) dans le passage où il énumère les différentes positions de l’amour :

parva vehatur equo : quod erat longissima, numquam

Thebais Hectoreo nupta resedit equo.

Si tu es petite, fais-toi porter par le cheval ; comme elle était très grande, jamais

l’épouse Thébaine (Andromaque) ne chevaucha Hector comme un cheval.

mais je crois plutôt à un lieu commun qu’à une allusion directe.

 

quisquis amat veniat Veneri volo frangere costas

fustibus et lumbos debilitare deae

si potest illa mihi tenerum pertundere pectus

quit non ego possim caput illae frangere fuste

CIL 4, 1824

S’il y a un amoureux, qu’il vienne. Je veux briser les côtes à Vénus

à coups de bâton et casser les reins à la déesse.

Si elle peut transpercer mon tendre coeur,

pourquoi je ne pourrais pas, moi, d’un coup de bâton lui briser la tête ?

illae pour illi.

 

si potes et non vis cur gaudia | differs

spemque foves et | cras usque redire iubes

[er]|go coge mori quem | sine te vivere cogis

munus erit certe non | cruciasse boni

quod spes | eripuit spes certe redd[i]t amanti

 

qui hoc leget nunc quam posteac

aliid legat nunquam sit salvos qui supra scrib[et]

vere dicis

Hedysto

feliciter

CIL 4, 1837

Si tu peux et ne veux pas, pourquoi repousses-tu les plaisirs ?

Pourquoi entretiens-tu l’espoir et me demandes-tu toujours de revenir demain ?

Force donc à mourir celui que tu forces à vivre sans toi :

la récompense de cette bonne action sera à coup sûr de lui avoir épargné des souffrances.

Ce qu’un espoir lui a fait perdre, un autre espoir le rend à coup sûr à qui est amoureux.

 

Bien entendu, comme souvent, un graffiti en appelle un autre :

Que celui qui lira ça ne lise jamais

rien d’autre. Qu’il ne soit plus jamais en bonne santé celui qui a écrit ça au-dessus.

Tu dis vrai.

Vive Hédystus !

 

Certains poètes locaux n’hésitent pas à signer leurs œuvres. Voici un chant désespéré mais quelque peu grandiloquent signé d’un Tiburtinus, peut-être Loreius Tiburtinus, le propriétaire d’une belle maison à l’est de la ville et adepte déclaré du culte d’Isis.

4_04966C

 

qui fi]t vi me oculei posquam deducxsistis in ignem

[no]n ob vim vestreis largificatis geneis

porr]o non possunt lacrimae restinguere flam(m)am

hae]c os incendunt tabifican(t)que animum

Tiburtinus epoese

CIL 4, 4966

Que se passe-t-il ? Beaux yeux, après m’avoir de force entraîné dans le feu,

vous vous inondez d’un flot de larmes coulant de vos paupières ?

Mais les larmes ne peuvent pas éteindre la flamme :

elles brûlent le visage et infectent le coeur.

C’est Tiburtinus qui a composé ces vers.

epoese : grec (ἐποίησε) noté en caractères latins.

 

iamque omnes] veicenei incendia participantur

sic faciam] flammam tradere utei liceat

CIL 4, 4967

Les voisins accourent, ils ont leur part de l’incendie,

moi je vais veiller à ce qu’il soit possible de leur transmettre la flamme. ...

Ces deux vers semblent dus à un lecteur amusé par le poème précédent et peu sensible à ce « chant désespéré ».

 

sei quid amor valeat nostei sei te hominem scis

commiseresce mei da veniam ut veniam

Flos Veneris mihi de[tur ? ...]

CIL 4, 4968

Si tu as compris ce que peut l’amour, si tu as conscience d’être humain,

prends pitié de moi, permets-moi de venir,

Fleur de Vénus, ...

Le calembour sur venia et le subjonctif de venire n’a rien d’original.

 

Caesia sei n...

Sei paruom p...

Es bibe lude...

nec semper...

CIL 4, 4972

Caesia (« Fille aux yeux verts »), si ...

Si un peu ...

Mange, bois, joue, ...

Et ce n’est pas toujours ...

 

 

amoris ignes si sentires mulio

magi(s) properares ut videres Venerem

diligo iuvenem venustum rogo punge iamus

bibisti iamus prende lora et excute

Pompeios defer ubi dulcis est amor

meus es...

CIL 4, 5092

« Si tu ressentais les feux de l'amour, muletier,

tu te hâterais davantage pour voir Vénus.

Je chéris un jeune et beau garçon ; je t'en prie, aiguillonne ton attelage, allons.

Tu as fini de boire, allons, prends les rênes et secoue-les.

Conduis-moi à Pompéi, là où est mon doux amour. »

(trad. R. Étienne, La vie quotidienne à Pompéi.)

 

image006

o utinam liceat collo complexa tenere

brac(h)iola et teneris | oscula ferre label(l)is

i nunc (pro et) ventis tua gaudia pupula crede

crede mihi levis est natura virorum

saepe ego cu(m) media | vigilare(m) perdita nocte

haec mecum medita(n)s multos | furtuna

quos supstulit alte | hos modo proiectos

subito | praecipitesque premit

sic Venus ut subito coniunxit corpora amantum

dividit lux et se|parees qui{d} ama[nt ...

CIL 4, 5296

Oh ! je voudrais à mon cou tenir tes bras serrés et porter des baisers à tes lèvres tendres. Va maintenant ! ma poupée, confie plutôt tes plaisirs aux vents ! Crois-moi, les garçons sont légers par nature ! Et moi souvent, quand je cherchais le sommeil au milieu d’une nuit perdue, je me disais en moi-même : beaucoup de ceux que la fortune a élevés très haut, elle les rejette soudain et tout à coup précipités à terre elle les écrase. Ainsi fait Vénus : lorsque pour un instant elle a uni le corps des amants, le jour les sépare.

« Oh ! que je voudrais tenir tes bras chéris accrochés à mon cou et baiser tes tendres lèvres. Va, maintenant, petite poupée, crois-moi, légère est la nature de l'homme, et, souvent au milieu d'une nuit de veille qui était pour moi une nuit perdue, je me disais en moi-même : nombre de ceux que la Fortune a portés au pinacle, elle les jette à bas subitement et les précipite ; de même que Vénus a uni les corps des amants, la lumière du jour les divise. »

(trad. R. Étienne, La vie quotidienne à Pompéi.)

« Vénus dès qu’elle a uni le corps des amants aussitôt les sépare. »

(P. Grimal, L’amour à Rome.)

Le dernier vers est peut-être d’une autre main.

 

amplexus teneros hac si ] quis quaerit in u[rbe]

expect[at ceras] nulla puella viri

CIL 4, 1796

Si on recherche dans cette ville de tendres étreintes,

aucune fille n’y attend de mot doux de son homme (= elles sont toutes disponibles) !

mais il est possible de comprendre aussi

aucune fille n’y attend de mot doux d’un homme (= elles sont fidèles).

 

solus amare va[let qui scit dare multa puellae]

multa opus sunt s...

quod nesceire dare ...

CIL 4, 4973

Le seul qui soit vaillant en amour [c’est celui qui sait donner beaucoup de choses à une fille] ;

il doit en avoir beaucoup ...

parce que ne pas savoir donner ...

 

On a rapproché ce graffiti d’une inscription découverte dans le palais de Tibère sur le Palatin :

Omnia formonsis cupio donare puellis

set mihi de populo nulla

puella placet

Tout, je veux tout donner aux jolies filles,

mais moi, aucune fille Romaine de souche

ne me plaît.


 

0chouette accueil.jpg

 

© Alain Canu

 

Si vous voulez m’écrire :

alain.canu02@orange.fr