Noctes Gallicanae

 

CIL 4, 9143, Reg 3 ins 04

Salut aux Pompéiens, où qu'ils soient !


 

Inscriptions métriques grecques

 

 

Les Pompéiens connaissaient bien les poètes latins, ils connaissaient aussi les poètes grecs.

 

 

La pièce qui se trouve au fond du péristyle de la maison 5, 1, 18 (via Stabiana, près de la maison de L. Caecilius Jucundus le banquier) est décorée de peintures murales du 2ème style, ce qui permet de les dater de la fin du Ier siècle av. J.-C.

 

Les inscriptions très mutilées qui commentent ces fresques ont été exécutées à la peinture blanche.

 

Du côté gauche de la pièce, Éros lutte avec Pan, sous le regard d’Aphrodite-Vénus :

 

θρασὺ[ς] ἀνθέστακεν Ἔρως τῷ [Πανὶ παλαίων]

   χἁ Κύπρις ὠδίνει τίς τίνα πρῶτος ἑλεῖ

[]σχυρὸς μὲν Πὰν καὶ καρτέρος. Ἀλλὰ [π]ανοῦργος

   [ π]τανὸς καὶ Ἔρως οἴχεται δύναμις.

                                                            CIL 4, 3407a

Le hardi Éros rivalise à la lutte avec Pan.

Et Cypris se demande lequel saisira l’autre le premier.

D’un côté Pan est vigoureux et solide.

Mais Éros avec ses ailes est habile lui aussi. La force l’habite.

 

Ce distique ne se trouve pas dans l’Anthologie que nous connaissons, mais ceci ne prouve pas qu’il s’agisse d’une composition originale.

 

 

Sur le mur qui fait face à l’entrée, un tableau représente un chasseur, un pêcheur et un oiseleur qui consacrent des filets à Pan.

οἱ τρισσοί τοι ταῦτα τὰ δίκτα θῆκαν ὅμαιμοι

   ἀγρότα Πάν, ἄλλης ἄλλος ἀπἀγρεσίης

ὧν ἀπὸ μὲν πτανῶν Πίγρης τάδε ταῦτα δὲ Δᾶμις

   τετραπόδων. Κλείτωρ δ τρίτος εἰναλίων

νθὧν τῷ μὲν πέμπε διἠέρος εὔστοχον ἄγρην

   τῷ δὲ δι δρυμῶν τῷ δὲ διἠιόνων.

 

J’ai mis en bleu foncé gras les seules lettres qui subsistaient et qui ont permis à l’érudit Dilthey en 1876 de reconnaître une épigramme de Léonidas de Tarente, 3ème s. av. J.-C. (Anthologie palatine, VI, 13 ; Anthologie de Planude, VI, 94). Admiration !

οἱ τρισσοί τοι ταῦτα τὰ δίκτα θῆκαν ὅμαιμοι

   ἀγρότα Πάν, ἄλλης ἄλλος ἀπἀγρεσίης

ὧν ἀπὸ μὲν πτανῶν Πίγρης τάδε ταῦτα δὲ Δᾶμις

   τετραπόδων. Κλείτωρ δ τρίτος εἰναλίων

νθὧν τῷ μὲν πέμπε διἠέρος εὔστοχον ἄγρην

   τῷ δὲ δι δρυμῶν τῷ δὲ διἠιόνων.

                   CIL 4, 3407b et Anth. Palat., VI, 13

Les trois frères t’ont consacré ces filets,

chasseur Pan, chacun correspondant à la spécialité de chacun :

Pigrès, les filets pour les oiseaux ; Damis, les filets

pour les quadrupèdes ; Cleitor, les filets pour le peuple de la mer.

Envoie-leur en échange une bonne chasse, à l’un par les airs,

au second par les bois, à l’autre par les grèves.

Vous trouverez une parodie de cette épigramme ici.

 

Sur le même mur, un bouc destiné au sacrifice broute une vigne.

 

ΚΑΝΜΕΦΑΓΗСΠΟΤΙΡΙΖΑΝΟΜΩС

ΕΤΙΚΑΡΠΟΦΟΡΗСΩΟССΟΝ   ΙСΠΕΙСΑΙ

СΟΙΤΡΑΓΕΘΥΟΜΕΝΩ

κἄν με φάγῃς ποτὶ ῥίζαν ὅμως ἔτι καρποφορήσω

   ὅσσον ἐπιπεῖσαι σοὶ τράγε θυομένῳ

CIL 4, 3407c

Même si tu me manges jusqu’à la racine, je porterai pourtant encore assez de fruits

pour te fournir une libation, ô bouc, au moment de ton sacrifice.

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fresque de Pompéi

L’épigramme est d’Evenus d’Ascalon, Anth. Pal., IX, 75.

 

Ces vers nous ont été également transmis par Suétone, Domitien, 14 :

Quare pavidus semper atque anxius, minimis etiam suspicionibus praeter modum commovebatur ; ut edicti de excidendis vineis propositi gratiam faceret, non alia magis re compulsus creditur, quam quod sparsi libelli cum his versibus erant :

κἄν με φάγῃς ἐπὶ ῥίζαν ὅμως ἔτι καρποφορήσω

   ὅσσον ἐπιπεῖσαι σοὶ τράγε θυομένῳ

C’est pourquoi [Domitien] était toujours en proie à la peur et à l’inquiétude, il était bouleversé au-delà de toute mesure même par un très léger soupçon : rien, pense-t-on, ne l’a davantage poussé à révoquer son édit sur l’arrachage des vignes que la diffusion de tracts sur lesquels figuraient ces vers

Même si tu me manges jusqu’à la racine, je porterai pourtant encore assez de fruits

pour te fournir une libation, ô bouc, au moment de ton sacrifice.

(on remarque la leçon ἐπί au lieu de ποτί.)

 

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fresque d’Herculanum

Le même thème, sinon les mêmes mots, se retrouve dans les Fastes d’Ovide, I, vers 353 à 360 :

sus dederat poenas : exemplo territus huius

    palmite debueras abstinuisse, caper.

quem spectans aliquis dentes in vite prementem,

    talia non tacito dicta dolore dedit :

« rode, caper, vitem : tamen hinc, cum stabis ad aram,

    in tua quod spargi cornua possit erit. »

verba fides sequitur : noxae tibi deditus hostis

    spargitur adfuso cornua, Bacche, mero.

Le porc avait subi son châtiment : effrayé par son exemple,

tu aurais dû ne pas goûter au sarment, bouc.

Te voyant porter les dents sur la vigne,

voici les paroles qu’il t’adressa dans l’expression de sa douleur :

« Déchire la vigne, bouc ! on n’en tirera pas moins, quand tu te trouveras devant l’autel,

de quoi arroser tes cornes. »

La promesse vient tout de suite après les mots : la victime, qu’on t’offre,

Bacchus, pour qu’elle expie, a les cornes arrosées d’une libation de vin pur.

 

Dans la via Holconii, une boutique (n°7) affichait fièrement en grandes lettres rouges sur fond blanc une inscription propitiatoire (conservée au musée de Naples) :

 

ΟΤΟΥΔΙΟС ΠΑΙС ΚΑΛΛΙΝΕΙΚΟС ΗΡΑΚΛΗС

    ΑΔΑΙ ΚΑΤΟΙΚΕΙ ΜΗΔΕΝ ΕΙСΕΙΑΙΤΩ ΚΑΚΟΜ

ὁ τοῦ Διὸς παῖς καλλίνεικος Ἡρακλῆς

   ἐνθ]άδαι κατοικεῖ μηδὲν εἰσειαίτω κακόμ

                            CIL 4, 733

Le fils de Zeus, Héraclès le glorieux vainqueur,

habite ici ; que rien n’y entre de mauvais.

 

ἐνθάδαι = ἐνθάδε; εἰσειαίτω κακόμ = εἰσιάτω κακόν

Ce distique était connu lui aussi : Diogène Laerce et d’autres auteurs le citent (mais je ne dispose pas de leurs textes) ; il se retrouve en latin cette fois mais mutilé sur une mosaïque :

. . . HIC HABITAT

NIHIL INTERET MALI

 

Enfin, l’empereur Commode (180-192) a brodé sur le même thème (Dion Cassius, fragments du livre LXXIII, 22) :

καὶ γὰρ τοῦ κολοσσοῦ τὴν κεφαλὴν ἀποτεμὼν καὶ ἑτέραν ἑαυτοῦ ἀντιθείς, καὶ ῥόπαλον δοὺς λέοντά τέ τινα χαλκοῦν ὑποθεὶς ὡς Ἡρακλεῖ ἐοικέναι, ἐπέγραψε πρὸς τοῖς δηλωθεῖσιν αὐτοῦ ἐπωνύμοις καὶ τοῦτο, « πρωτόπαλος σεκουτόρων, ἀριστερὸς μόνος νικήσας δωδεκάκις (οἶμαι) χιλίους ».

Il fit couper la tête du Colosse et la fit remplacer par une autre à son effigie ; il le munit d’une massue et plaça à ses pieds un lion de bronze, afin qu’il ressemblât à Hercule. Il fit inscrire, outre les titres que j’ai déjà énumérés, ceci : le tout premier des secutores, le seul gaucher à avoir vaincu douze fois (je cite ce nombre de mémoire) un millier d’hommes.

Un autre abréviateur précise :

[τοῦτ’] ἔγραψεν Λούκιος Κόμοδος Ἡρακλῆς ἐφ τὸ φερόμενον ἐπίγραμματα γέγονεν ὅτι

τοῦ Διὸς παῖς καλλίνεικος Ἡρακλῆς

   οὔκ εἰμι Λούκιος ἀλλἀναγκάζουσί με

Ceci fut inscrit par Lucius Commode Hercule, sur quoi il ajouta la célèbre épigramme :

Fils de Zeus, Héraclès le glorieux vainqueur,

Je ne suis pas Lucius, mais on me force à porter ce nom.

Inscription de la villa d’Ariane à Stabies

   εἴ τις καλὸς γενόμενος

οὐκ ἔδωκε πυγίσαι ἐκῖνος καλῆς

   ἐρασθεὶς μὴ τύχοι βεινήμα-

      τος

Si la nature a donné la beauté à un garçon

qui ne se fait pas sodomiser,

que le jour où il sera tombé amoureux d’une jolie fille il n’arrive pas

à baiser !

 

 


 

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© Alain Canu

 

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