Noctes Gallicanae

 

CIL 4, 9143, Reg 3 ins 04

Salut aux Pompéiens, où qu'ils soient !


 

Jeux d’argent

 

 

Vici Nuceriae

in alia X DCCCLVS

fide bona

CIL 4, 02119, dans les thermes de Stabies

À Nuceria, j’ai gagné aux dés 855 deniers,

sans tricher !

 

 

Les jeux d’argent (in pecuniam ludere) étaient interdits par la loi à Rome et sans doute aussi à Pompéi. Bien sûr, cette loi n’est respectée par personne, à commencer par les empereurs eux-mêmes. On joue donc dans l’arrière-salle des auberges, cabarets et autres bistrots.

 

Il semble bien que les autorités aient fermé les yeux tant que l’ordre public n’était pas troublé, mais cette loi fournissait un prétexte commode pour procéder à des descentes de police ayant sans doute un tout autre objet. Martial (V, 84) nous décrit un joueur de Rome qui se fait prendre par l’édile ou plus précisément par ses hommes :

[...] et blando male proditus fritillo,

arcana modo raptus e popina,

aedilem rogat udus aleator.

Et trahi malencontreusement par le bruit du cornet qui le passionne,

arraché sur le champ à l’arrière-salle du bistrot,

le joueur ruisselant implore l’édile.

 

Dans de très nombreuses cauponae de Pompéi, ce sont les esclaves publics commandés par les duumvirs qui ont dû faire ce genre de descente.

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Presque en face de la maison des Vettii, dans un petit bistrot, se trouve une peinture qui représente quelques scènes de la vie quotidienne d’une caupona. Il s’agit d’une véritable bande dessinée où des hommes et des femmes, clients et serveuses, commentent leurs gestes dans un latin qui ne brille pas par la correction de sa morphologie et de sa syntaxe : le sens général se laisse facilement deviner, mais les tournures de phrase et certains termes employés par les joueurs ont suscité diverses interprétations (CIL 4, 3494).

 

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EXSI

NON

TRIA DVAS

EST

[NOXSI]

A ME

TRIA

ECO

FVI

OR(o) TE FELLATOR

   ECO FVI

 

ITIS

FORIS

RIXIATIS

 

– Terminé.

– C’est pas trois, c’est deux as.

– Tricheur ! J’ai fait trois ! C’est moi qui ai gagné.

– Je te demande pardon, enfoiré ! C’est moi qui ai gagné.

Et tout ce désordre oblige le patron à intervenir et à pousser les deux joueurs vers la porte :

– Allez vous quereller dehors.

 

Eco se lit plusieurs fois dans les graffitis pour ego, « moi je », la barre horizontale du G étant souvent mal tracée.

Fui, « je fus », se laisse difficilement comprendre : on peut supposer un terme de jeu.

Exsi me semble être simplement le parfait de exire, « je suis sorti, j’ai fini ».

Quant à fellator, « suceur », il faut ici comme dans de nombreuses inscriptions le comprendre comme une simple injure à connotation sexuelle, chacun le traduira selon son inspiration…

 

Dans Les loisirs en Grèce et à Rome (PUF), M. J.-M. André comprend exsi comme « J’ai fait six » et ajoute que l’adversaire « admet deux points ».

Un vers de l’Anthologie Palatine, 14, 8, qui décrit les faces opposées d’un dé, emploie le mot tria pour signifier « un trois » :

ἕξ ἕν πέντε δύο τρία τέσσερα κῦβος ἐλαύνει [s.e. τρήματα]

Six, un ; cinq, deux ; trois, quatre, voilà ce que sort un dé.

et le traité de Suétone, Sur les jeux grecs, 1,6 permet d’interpréter duas comme une haplologie de duas tesseras correspondant au grec δύο κύβω « deux as ».

 

Dans un message qu’il m’a adressé en septembre 2016, M. F.-B. Mâche propose de voir dans « exsi » le nom de nombre « six », qui se dit toujours en grec έξι. Τρία étant aussi un pluriel neutre encore en usage, l’inscription en « gréco-latin » pourrait signifier quelque chose comme « six et pas trois, ça fait deux as » et non pas un.

 

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Manuel d’Histoire, classe de 5ème, publié en 1968.

 


 

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© Alain Canu

 

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alain.canu02@orange.fr