Noctes Gallicanae
Epigraphie latine
Inscriptions
diverses : tabellae defixionum
Il s’agit de tablettes de plomb sur lesquelles on gravait des formules
qui vouaient un adversaire aux dieux infernaux ou à quelque démon malfaisant.
Ces tablettes étaient ensuite enfouies en général dans des tombes, où elles se
trouvaient plus près des dieux d’en bas, ou encore sous la piste du cirque ou
l’arène de l’amphithéâtre. Les victimes désignées sont en effet souvent des
cochers et leurs chevaux ou des gladiateurs. Certaines tablettes visaient à
s’assurer une emprise sur un cœur rebelle.
Les tournures employées dans leur rédaction sont très proches de la
langue parlée, les incohérences orthographiques importantes, ce qui me donne à
penser que l’expression devait être parfois volontairement déformée pour
s’écarter de la communication plus littéraire et volontiers archaïsante avec
les dieux d’en haut.
DEPRECOR VOS SANCTI ANGELI
VT QVOMODO [.]EC ANIMA INTVS IN
CLVSA TENETVR ET ANGVSTIATVR
ET NON VEDE[.] NEQVE LVMINE NE[.] ALIQVEM
REFRIGERIVM NON HABET SIC VT ANIMA
MENTES CORPOS COLLECTICII QVEM PEPERET
AGNELLA
TENEATVR ARDEAT
DESTABESCAT VSQVE
AD INFERNVM SEMPER
DVCITE COLLECTICIVM
QVEM PEPERET
AGNELLA
Deprecor vos sancti angeli ut quo modo haec anima
intus inclusa teneatur et angustiatur et non videat neque lumen neque aliquid
refrigerium habeat sic ut anima mentes corpus Collecticii quem peperit Agnella
teneatur ardeat destabescat usque ad infernum semper ducite Collecticium quem
peperit Agnella
AE
1941, 0138
Saints anges, je vous prie de faire par
tous les moyens que cette âme enfermée ici ne puisse pas sortir et soit
étouffée et qu’elle ne voie pas la lumière et qu’elle n’aie de résurrection en
aucune façon de sorte que l’âme, la pensée et le corps de Collecticius
qu’Agnella a enfanté soient enfermés, brûlent et tombent en pourriture ;
conduisez jusqu’en enfer pour toujours Collecticius qu’a enfanté Agnella.
CIL 4, 9251

Tabella defixionis
On a retrouvé dans un tombeau de Pompéi deux tablettes de plomb de 8 x 4 cm, formant diptyque, percées de deux trous sur une longueur et reliées entre elles. Elles contenaient un texte gravé au poinçon très légèrement et difficilement lisible :
[tabella 9251a]
. . . OC PRIM . . .
PLEMATIO HOSTILI FACIA . . .
CAPILV CEREBRV FLATVS REN
VT ILAI NON SVCEDAS A . . .
QVI ILAEC . . . ODIV. .
VT ILIC ILAC ODIAT COMO
AEC NEC ACERE NE IL. .
QVI QVA ACERE POSIT VLA. . .
. . . OS PLEMATIO HOSTILI
[tabella 9251b]
NEC ACERE NEC LIN. . .
ILLA RES POSIT PETE. . .
QVAS EGO VMA. . .
COMODO IS EIS DESER. . .
ILAEC DESERTA SIT CVNO. . .
A D N C C N I DIFICDOS .
DIC ILAEC DESER. . .
. . . (h)oc prim(um) . . . Plematio Hostili
facia(m) (=faciem) . . . capi(l)lu(m) cerebru(m) flatus ren[es] (diis inferis
consecro) ut ilai (=illae pro illi) non succedas a . . . qui
ilaec (=illa haec). . . odiu(m) ut ilic
(=illi hi{c}) il(l)a(n)c odiat como[do] (=quomodo) (h)aec nec acere
(=agere ?) ne(c) il(la ?) qui qua (=quicquam) acere pos(s)it ula. . .
. . . os Plematio Hostili
nec acere nec lin[gua] illa res pos(s)it pete[re] quas ego (h)umavi comodo is eis deser[tus
est]. . . ilaec deserta sit cun(n)o. . .
A(nte) d(iem) n(onum) c(alendas) {c} n(ovembres) i
(=t[itulus] ?) dificdos (=defixus) dic ilaec deser[ta sit]. . .
Tentative de
traduction. Si vous êtes mieux inspiré que moi : n'hésitez pas à me venir en aide!
En premier lieu… pour Philematium Hostilis je voue aux dieux
infernaux le visage… la chevelure, la respiration, les reins, pour que tu ne te
charges pas d’elle ( ?). . ., ceux qui … de la haine pour elle, de même
que celle-ci …( ?) … et que celle-là ne puisse rien faire … la bouche pour
Philematium Hostilis …
… ne puisse faire, ni que celle-là puisse demander de sa langue
les choses que j’ai enterrées. De même que celui-ci a été abandonné de ceux-là,
que celle-ci soit abandonnée par son sexe. Le neuvième jour des calendes de
novembre (cette inscription ?) a été consacrée. Dis « que celle-ci
soit abandonnée ».
MALCIO NICONES OCVLOS
MANVS DICITOS BRACIAS VNCIS
CAPILO CAPVT PEDES FEMVS VENTER
NATIS VMLICVS PECTVS MAMILAS
COLLVS OS BVCAS DENTES LABIAS
METVS OCLOS FRONTE SVPERCILI
SCAPLAS VMERVM NERVIAS OSSV
MERITAS VENTER MENTVLA CRVS
QVSTV LVCRV VALETVDINES DEFICO
IN AS TABELAS
|...|
RVFA PVLICA MANVS DETES
OCLOS BRACIA VENTER MAMILA
PECTVS OSV MERILAS VENTER
[...] CRVS OS PEDES FRONTES
VNCIS DICITOS VENTER VMLICVS CVNVS
QVOS ILAE RVFAS PVBLICA DEFCO
IN
AS TABELAS
Malcio Nicones oculos manus digitos brachias ungues capillos
caput pedes femur ventrem nates umbilicum pectus mamillas collum os buccas
dentes labias mentum oculos frontem supercilia scapulas umerum nervias ossa
meritas ventrem mentula crus questus lucrus valetudines defigo in has tabellas
Rufa Publica manus dentes oculos brachia ventrem mamillas pectus
ossu merilas ventrem ... crus os pedes frontes unguis digitos ventrem umbilicum
cunnum quae illius Rufae Publicae defigo in has tabellas
AE
1901, 0183
Malcio Nicones : les yeux, les
mains, les doigts, les bras, les ongles, les cheveux, la tête, les pieds, les
cuisses, le ventre, les fesses, le nombril, la poitrine, les seins, le cou, le
visage, la bouche , les dents, les lèvres, le menton, les yeux, le front,
les sourcils, les épaules, le dos, les nerfs, les os, les cuisses, le ventre,
le sexe, la jambe, ses désirs, ses bénéfices, sa santé, je les cloue sur ces
tablettes.
Rufa Publica : les mains, les
dents, les yeux, les bras, le ventre, les seins, la poitrine, les os, les
cuisses, le ventre, [...], la jambe, le visage, les pieds, les fronts, les
ongles, les doigts, le ventre, le nombril, le sexe, ceux de cette Rufa Publica,
je les cloue sur ces tablettes.
Je traduis buccas
par « bouche » plutôt que par « joues » en fonction du
contexte ; je traduis par « cuisses » meritas et merilas, que je comprends, faute de
mieux, comme des diminutifs de tò mhrñw.
[. . .]PE COMMENDO TIBI QVO[.]
[. . .]MELLA VT ILLAM INMITTAS DAE
[ . . .]N ALIQVOS INFERNALES VT NON PES
[. . .]ES ME CONTEMNERE SED FACIAT
[. . .]MQVE DESIDERO VETTIA QVEM PEPE
RIT OPTATA VOBIS ENIM ADIVVANTIBVS
VT AMORIS MEI CAVSA NON DORMIAT NON CE
BVM NON ESCAM ACCIPERE POSSIT
[. . .] OBLIGO VETTIE [. . ]
PEPERIT OPTATA SENSVM SAP[.]ENTIAM ET [. .]
LECTVM ET VOLVNTATEM VT AMET ME FE[. . .]
QVEM PEPERIT FRVCTA EX HAC DIE EX H[. . .]
VT OBLIVISCATVR PATRIS ET MATRIS ET [. .]
VM SVORVM ET AMICORVM OMNIVM [. . .]
VIRORVM AMORIS MEI AVTEM FE[L. . .]
PEPERIT FRVCTA VETTIA QVE[. . .]
SOLVM ME IN MENTE HABEAT [. . . ]
ENS VIGILANS VRATVR FRIGA[. . .]
ARDEAT VETTIA QVAM PEPER[ . . .]
[.]MORIS ET DESIDE[ . . .]
. . .PE commendo tibi quod . . .mella ut illam inmittas daemones . . .N aliquos infernales ut non pes. . .ES me contemnere sed
faciat quaecumque desidero Vettia quam
peperit Optata vobis enim adiuvantibus
ut amoris mei causa non dormiat non cibum non escam accipere
possit . . . obligo Vettiae quam peperit Optata sensum sapientiam et
intellectum et voluntatem ut amet me felicem
quem peperit Fructa ex hac die ex hac ora ut obliviscatur patris et matris et omnium
suorum et amicorum omnium et aliorum
virorum amoris mei autem felicem quem
peperit Fructa Vettia quam peperit Optata solum me in mente habeat . . . furens
vigilans uratur frigat . . . ardeat Vettia quam peperit Optata . .
. amoris et
desiderii mei .
AE 1902, 0057
… Je
te demande … de lui envoyer des démons … infernaux de sorte qu’elle ne [puisse
plus] me mépriser mais qu’elle fasse tout ce à quoi j’aspire, elle, Vettia,
qu’a enfantée Optata : qu’avec votre aide elle ne dorme plus pour l’amour
de moi, qu’elle ne puisse plus prendre de nourriture ou d’aliments. Je m’empare
de l’âme de Vettia qu’a enfantée Optata, de son esprit et de sa pensée et de sa
volonté pour qu’elle m’aime et fasse mon bonheur, moi qu’a enfanté
Fructa ; qu’à compter de ce jour, qu’à compter de cette heure, elle oublie
son père, sa mère, tous les siens, tous ses amis et tous les autres hommes.
Mais me rendant heureux par son amour, moi qu’a enfanté Fructa, que Vettia qu’a
enfantée Optata, n’aie que moi et moi seul à l’esprit, que folle, sans sommeil,
elle brûle, qu’elle gèle, … qu’elle se consume, Vettia qu’a enfantée Optata,
d’amour et de désir pour moi.
Texte original
AD[IOURO]-----PER MAGNOUM
DEOUM ET PER ANYEROTAS
ET PER EOUM KOUI ABET
ARXEPTOREM SOUPRA XAPOUY ET PER SEPTEM
SYELLAS OUY EJ KOUA ORA OX
JOMPOSOUERO NON DORMIAT SEJTILLIOS
DIONHISIE FILIOUS OURAYOUR
FOURENS NON DORMIAT NEKOUE SEDEAT
NEKOUE LOKOUATOUR
SED IN MENTEM ABIAT ME SEPYIMAM AMENE FILIA:
OURAYOUR FOURENS AMORE ET
DESIDERIO MEO ANIMA ET XOR OURAYOUR
SEJTILI
DIONISIE FILIOUS AMORE ET DESIDERIO MEO SEPTIMES AMENE
FILIE. TOU
AOUTEM ABAR BARBARIE ELOEE SABAOY PAXNOUFU PUYIPEMI
FAX SEJTILIOUM
DIONISIE FILIOUM NE SOMNOUM XONYINGAY
SEY AMORE
ET DESIDERIO MEO OURAYOUR OUIIOUS SIPIRITOUS ET
XOR XOMBOURATOUR
OMNIA MEMBRA YOYIOUS XORPORIS SEJYILI DIONISIE
FILIOUS.
SI MINOUS DESXENDO IN ADUTOUS OSURIS ET DISSOLOUAM
YEN YAPEEN
ET MITTAM OUY A FOUL A FLOUMINE FERATOUR. EGV
ENIM SUM
MAGNOUS DEXANOUS DEI MAGNI DEI AXRAMMAXALALA--E
ILS 8757, Hadrumetum
Transcription en caractères latins
AD[IOVRO]-----PER MAGNOVM DEOVM ET PER
ANTHEROTAS
ET PER EOVM KOVI ABET ARCHEPTOREM SOVPRA
CHAPOVTH ET PER SEPTEM
STHELLAS OVTH EX KOVA ORA OCH XOMPOSOVERO
NON DORMIAT SEXTILLIOS
DIONHISIE FILIOVS OVRATHOVR FOVRENS NON
DORMIAT NEKOVE SEDEAT
NEKOVE LOKOVATOVR SED IN MENTEM ABIAT ME
SEPTHIMAM AMENE FILIA:
OVRATHOVR FOVRENS AMORE ET DESIDERIO MEO
ANIMA ET CHOR OVRATHOVR
SEXTILI DIONISIE FILIOVS AMORE ET
DESIDERIO MEO SEPTIMES AMENE
FILIE. TOV AOVTEM ABAR BARBARIE ELOEE
SABAOTH PACHNOVFV PVTHIPEMI
FACH SEXTILIOVM DIONISIE FILIOVM NE SOMNOVM CHONTHINGATH
SETH AMORE ET DESIDERIO MEO OVRATHOVR OVIIOVS SIPIRITOVS ET
CHOR CHOMBOVRATOVR OMNIA MEMBRA THOTHIOVS CHORPORIS SEXTHILI
DIONISIE
FILIOVS. SI MINOVS DESCHENDO IN ADVTOVS OSVRIS ET DISSOLOVAM
THEN THAPEEN ET MITTAM OVTH A FOVL A FLOVMINE
FERATOVR. EGW
ENIM SVM MAGNOVS DECHANOVS DEI MAGNI DEI
ACHRAMMACHALALA--E
Texte modernisé
ad[iuro]-----per magnum deum et per anterotas
et per eum qui habet arceptorem supra caput et per septem
stellas, ut, ex qua ora hoc composuero, non dormiat Sectillius
Dionisiae filius, uratur furens, non dormiat neque sedeat
neque loquatur sed in mentem habeat me
Septimam Amenae filiam:
uratur furens amore et desiderio meo, anima et cor uratur
Sectili Dionisiae filius amore et desiderio meo Septimes Amenae
filiae. Tu autem Abar Barbarie Eloee Sabaoth Pacnufu Putipemi,
fac Sectilium Dionisiae filium ne somnum contingat
set amore et desiderio meo uratur, huius spiritus et
cor comburatur omnia membra totius corporis Sectili Dionisiae
filius. Si minus, descendo in adutus Osuris et dissoluam
then tapeen et mittam ut a ful a flumine
feratur. Ego
enim sum magnus decanus dei magni dei
Acrammacalala--e.
Adiuro te, daemon, quicumque es, et demando tibi ex hac hora ex
hac die ex hoc momento ut equos prasini et albi crucies, ocidas ; et
agitatores Clarum et Felicem et Primulum et Romanum ocidas, collidas, neue
spiritum illis relinquas. Adiuro te per eum qui te resoluit temporibus, deum
pelagicum aerium. Iao Iasdao oorio aeia
Je te conjure, divinité, qui que tu sois, et je te confie le
soin, dès cette heure, dès ce jour, dès ce moment, de blesser à mort et de tuer
les chevaux des Verts et des Blancs ; et de tuer les cochers Clarus,
Félix, Primulus et Romanus, de les briser, de leur faire perdre l’âme. Je te
conjure, par celui qui s’est acquitté envers toi en temps et en heure, divinité
des mers et des airs. Iao Iasdao oorio aeia.
AE 1893, 0027; AE 1902, 0054
Tacite raconte (Annales, II, 69) que pendant la maladie de Germanicus, maladie que l’on attribuait à un empoisonnement,
reperiebantur solo ac parietibus erutae humanorum corporum
reliquiae, carmina et devotiones et nomen Germanici plumbeis tabulis
insculptum, semusti cineres ac tabo obliti aliaque malefica quibus creditur
animas numinibus infernis sacrari on
trouvait par terre et sur les murs des restes de cadavres humains arrachés aux
tombeaux, des formules magiques, des imprécations et le nom de Germanicus gravé
sur des tablettes de plomb, des cendres humaines mal brûlées et souillées de
sang ainsi que d’autres maléfices par lesquels, croit-on, les âmes sont vouées
aux dieux infernaux.